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« Tous les grands hommes ont leurs disciples. Et c'est toujours Judas qui écrit la biographie. »
Oscar Wilde.
Le mal, insondable, incompréhensible, a de multiples visages, l'un d'entre eux étant celui de la trahison, dont Judas l'Iscariote représente, dans l'imaginaire occidental, l'archétype, jusqu'à désigner une « petite ouverture dans une porte afin de voir sans être vu » (Le Petit Robert, ). De multiples explications ont pu être données mais, au-delà des raisons éventuelles du baiser de Judas, c'est à deux écueils que la tradition théologique et philosophique chrétienne s'est trouvée confrontée : le premier concerne la nécessité de la trahison dans l'économie chrétienne du salut – question que l'on retrouvera dans les interrogations d'Hannah Arendt sur la « nécessité du mal » (1966) –; le second renvoie au problème de la responsabilité et réinterroge l'héritage grec de la prédestination et du fatum. Celui-ci s'inscrivait au cœur de la Weltanschauung païenne comme une donnée absolument fondamentale. Pour établir le monothéisme, l' « Église des premiers temps » (Daniélou, 1963) devait réfuter la représentation sur laquelle reposaient tant de croyances (divinités destinales, Parques, astres et oracles) inhérentes à la civilisation antique. Or la proscription patristique du destin opérée par le christianisme oblige à repenser entièrement la question du libre-arbitre et de la responsabilité, notamment face au mal. La trahison de Judas, tout autant que son suicide, a retracé les frontières du bien et du mal, du permis et du défendu, du repentir et du remords.
« Alors, il leur livra Jésus afin qu'il fût crucifié, et ils se saisirent de lui. Jésus, portant lui-même sa croix, sortit en direction du lieu appelé lieu du Crâne, ce qui se dit en hébreu Golgotha. Là, ils le crucifièrent, et avec lui deux