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On se souvient du mot de Walter Benjamin : « Il n'y a pas de muse de la philosophie, il n'y en a pas non plus de la traduction. » Faute de muse, les traducteurs se sont donné un saint patron en la personne de Jérôme, l'auteur de la Vulgate, et en Valery Larbaud, avec Sous l'invocation de saint Jérôme, un hagiographe du saint patron. Patronage d'autant plus curieux qu'il paraît démentir un adage apparemment immémorial et non moins apparemment italien, traduttore-traditore. Le traducteur serait nécessairement un traître. À y regarder de plus près, pourtant, Jérôme est moins saint qu'il n'y paraît même si le traducteur trahit moins volontiers que ne le dit le proverbe, qui n'est pas italien mais français, et qui semble venir droit de Du Bellay et de sa Défense et illustration de la langue française de 1549 : « Mais que dirai-je d'aucuns, vraiment mieux dignes d'être appelés traditeurs que traducteurs ? Vu qu'ils trahissent ceux qu'ils entreprennent exposer. » C'est le premier cas attesté de mise en évidence de la paronomase traducteur/traditeur, c'est-à-dire d'une identité phonique entre les deux mots. Le traditeur de Du Bellay trahit plus qu'il ne traduit : il ruine les vérités sacrées, il donne des perles aux cochons. Traditionnellement, chez Tertullien, par exemple, un « traditeur » est celui qui parjure, apostasie, et livre les textes sacrés aux païens, comme Judas a « livré » Jésus aux païens et aux mécréants pour le mettre à mort, et comme les traducteurs ont toujours trahi des secrets pour les gardiens du temple.
Dans la Lettre d'Aristée, récit légendaire de la gestation de la Septante, il est ainsi question de traducteurs devenus fous pour avoir voulu traduire la Bible avant les Septante. Au roi qui s'étonne que la Bible n'ait été traduite plus tôt,