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« Trahir (…) c'est vite dit. Faut encore saisir l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir, tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse. »
L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit1.
« Infidélité, délation, déloyauté, lâcheté, traitrise, défection, inconstance… » : les multitudes de synonymes proposés par Le Robert pour balayer le champ sémantique de la « trahison » se situent toutes dans le registre de la disqualification. Toujours la trahison est rupture avec une parole donnée, un engagement explicite ou implicite. Sans étonnement, nous constatons que tragédie et trahison se côtoient. Il est vrai que l'histoire offre à la littérature des cohortes de traîtres qui ont, en leur temps, livré leur patrie, leur maître, leur père, leur cause, à des ennemis. Nul n'ignore le fameux tu quoque mi fili de César à Brutus, exclamation paradigmatique de la « trahison » absolue; nul n'ignore non plus le baiser délateur de l'infâme Judas l'Iscariote.
Cependant, la trahison n'est pas que traîtrise ou déloyauté, ou encore tricherie signant un événement dramatique. Elle hante bien d'autres lieux plus intimes : trahison dans le registre de la pensée avec les duperies de la réalité psychique; trahison des affects qui débordent nos capacités élaboratives et nous jettent dans des situations complexes; trahison des mots pauvres parfois de représentations et lourds d'affects faussaires, autant de trahisons mises en scène psychique, qui toutes voudraient n'appartenir qu'au passé mais pourraient bien avoir à faire avec un présent à dénouer.
Mais pourquoi ne parler de trahison qu'au singulier ? Le travail de l'analyse tout entier implique une trahison plurielle, avec une épreuve de vérité à la fois fondée sur le meurtre de la représentation narcissique primaire et sur le « parricide » bien tempéré des imagos parentales, autant d'infidélités mises en