You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« Chez moi, le secret est enfermé dans une maison
« aux solides cadenas dont la clé est perdue et la porte scellée. »
Les Mille et Une Nuits.
« L'histoire des peuples est l'histoire de la trahison de l'unité », nous dit Antonin Artaud.
Les civilisations ne sont-elles pas faites de répétitions ou séries de trahisons, ouvrant tantôt la voie de la régression, tantôt celle du progrès ? Ces ruptures modifient le cours du temps, celui d'une temporalité figée et de l'illusion d'une unité narcissique idéalisée et idéalisante que tout sujet a tenté de réaliser un jour avec ses objets primaires.
Honneur, déshonneur, désaveu, indignité, humiliation et honte sont autant d'affects éprouvés par des groupes ou des sujets acteurs ou victimes de trahison. Ainsi, le processus de civilisation prend ses racines dans les affects et les mouvements pulsionnels de chaque individu.
Ici, il sera question du sentiment de trahison et plus particulièrement du sentiment de trahir, affect souvent éprouvé par les patients, qui s'accompagne fréquemment de détresse, douleur, honte ou culpabilité. Je relierai ce sentiment à celui de la nostalgie pour montrer la dimension intergénérationnelle de ces sentiments partagés qui dévoileront des trahisons ou interdictions de trahisons, transmises dans le secret et l'intimité des familles et visant à souder et verrouiller une communauté de déni.
Ainsi, le destin des trahisons sera tantôt celui de la destructivité, tantôt celui de la survie et de la différenciation. Affect central dans certaines cures analytiques, il est intimement lié à la nostalgie d'un passé et d'objets perdus. Être nostalgique pour éviter de trahir ou bien trahir pour ne plus être nostalgique ?