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« “Je l'ai fait”, dit ma mémoire. “Je ne puis l'avoir fait”, dit mon amour-propre, et il n'en démord pas. En fin de compte, c'est la mémoire qui cède. »
Friedrich Nietzsche1.
Le clivage a du bon, pour les peuples comme pour les individus. Lors de la Seconde Guerre mondiale, une partie de la France, défaite, collabora ensuite avec les vainqueurs. Quelques-uns s'enfuirent à Londres ou en Afrique du Nord et poursuivirent le combat, au côté des Alliés. Chacun des camps considéra l'autre comme des traîtres, mais cela permit, à la libération, la fiction que la France entière était du côté des vainqueurs et lui autorisa un rôle international important. Au prix d'une « épuration » douteuse cependant. Après quelques années de déni, une réflexion put s'engager sur un passé plus complexe : les films à la gloire des héros de la Résistance laissèrent la place à d'autres versions : Le chagrin et la pitié eut un effet cathartique dans la mémoire française. Bien sûr, les passés occultés de collaboration, les enfants conçus avec les occupants sont restés englués dans les secrets des destins individuels. Bien plus tard, la responsabilité des autorités de Vichy, de la police française et des délateurs dans la mise en œuvre de la Shoah a pu être officiellement reconnue. L'effacement de la « débâcle » de 1940, de la défaite, laissait cependant de la place pour l'Exode devant l'envahisseur et l'absence des hommes prisonniers de guerre.