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En 1990, Christian Boltanski est invité à participer à une exposition à Berlin, à l'occasion de Die Endlichkeit der Freiheit commémorant la réunification des deux Allemagnes. Il propose une installation, qu'il appellera La maison manquante, composée de deux parties. La première moitié est située à Berlin-Est dans l'espace laissé vide par la destruction, durant la Seconde Guerre mondiale, de la portion centrale d'un complexe immobilier. Avec l'aide d'étudiants d'une école d'art allemande, d'anciens occupants du bâtiment sont identifiés, dont une vingtaine de Juifs décédés, victimes des nazis. Des plaques indiquant leur nom, leur métier et la date de leur mort sont fixées sur les murs mitoyens des deux maisons voisines restées intactes.
La deuxième partie de cette installation se trouve à Berlin-Ouest. Des documents relatifs aux anciens occupants de la maison détruite dans la partie est – papiers, photographies – sont exposés dans des vitrines installées à l'emplacement d'un ancien musée dévasté par les bombardements, le Berliner Gewerber Ausstellung, situé dans la partie ouest, dans une clairière aménagée au milieu du terrain maintenant envahi par la nature.
C'est ainsi qu'un musée détruit de Berlin-Ouest accueille des reliques d'hommes morts de la zone est. L'Ouest et l'Est sont réunis par le « travail de la mémoire »1 visant à contrer les effets de la destruction, effort pour Boltanski toujours vain et désespéré puisque nécessairement voué à l'échec – j'y reviendrai.
La maison manquante reprend ainsi deux des trois thèmes préférés de Boltanski : le souvenir et la mort, le troisième étant l'enfance. Avant de discuter de