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Un homme est là. Songeur, tendu aussi. Il sait que, ce soir, c'est son avenir qui se joue. Face, c'est rendre compte de son expérience passée, lui donner la forme novatrice qui le fait considérer, à juste titre, comme l'un des intellectuels les plus brillants de sa génération. Pile, c'est la folie, cette folie qui l'a fait enfermer depuis plus de trois ans dans une clinique, l'une des plus réputées d'Europe, l'une des plus singulières aussi. Que son enfermement soit justifié ne fait aucun doute : n'a-t-il pas tenté de tuer sa femme et ses enfants, persuadé que la mort était le seul refuge contre les barbares antisémites qui allaient surgir d'un moment à l'autre ?
Maintenant, il a devant lui une issue possible. Trouver à sa folie une issue créatrice; davantage encore, construire, du noyau même de sa folie, une œuvre, qui, faite des linéaments de cette folie, n'en constitue pas moins – on aurait envie d'écrire : en constitue pour cette raison même, ce qui lui donne aussi son aspect compulsif – une voie de sortie : tel est l'enjeu. Et notre homme sait combien est fragile l'issue sublimatoire, il sait qu'il n'y a que l'épaisseur d'un cheveu entre son délire et la construction qui lui permettra d'y échapper, entre la vérité de sa folie et celle de sa construction. Ce soir-là, il doit choisir. Il serait aussi vrai d'écrire : ce soir enfin, il peut choisir.
Et il choisira : la construction contre la folie, la liberté contre l'enfermement, la poursuite de la réflexion intellectuelle contre la néoréalité délirante. Cependant, aucun choix n'est aussi libre qu'il ne paraît au premier abord : un