You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« La vérité ne s'atteint qu'à travers des déformations. »
S. Freud1.
Michèle Bertrand pose, dans son rapport, une question épistémologique importante : peut-on limiter la pensée psychanalytique à une « alternative se réglant sur le modèle des sciences de la nature pour défendre son statut de connaissance, ou de son apparentement définitif à une création d'ordre esthétique ou littéraire » ? Il me semble que c'est l'une des visées des rapports de Jacques Press et de Michèle Bertrand que d'ouvrir un champ spécifique à la pensée psychanalytique libéré des apories de ce dilemme. Ils le font en interrogeant les notions de vérité, de réalité, notions dont le questionnement en psychanalyse soulève un autre dilemme. En effet, comme le dit Jacques Press, « il y a nécessité d'une origine fondatrice ancrée dans le réel – réel de l'histoire individuelle, réel de la phylogenèse, réel de l'ancrage somatique – si l'on ne veut pas tomber dans une spéculation délirante ». Ces notions de vérité et de réalité ont été l'objet, chez Freud, d'un questionnement permanent, en regard d'une quête des origines. Jacques Press rappelle le statut paradoxal de la pensée freudienne sur ces sujets, qu'il résume par la formule : « Oui, l'origine est inaccessible; mais je la trouverai quand même. » Pour continuer à avancer sur ces questions, il faut, comme le dit Jacques Press, maintenir cette tension conceptuelle paradoxale pour préserver en psychanalyse la qualité d'une « pensée complexe » (dans le sens d'Edgar Morin). C'est à cette condition que la psychanalyse contemporaine réussira non seulement à affirmer sa spécificité par rapport aux autres sciences, mais aussi à dégager des éléments