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Michèle Bertrand a posé des questions fondamentales dans son rapport : « Comment faire avancer l'analyse de personnes lorsque des moments clés de leur développement psychique sont à jamais perdus, n'ont pu être vécus comme événements susceptibles de remémoration ? » Et encore : qu'advient-il « quand l'analyse se réfère à un temps “précoce” où l'inscription d'événements dans les représentations de souvenirs n'a pas été rendue possible en raison de l'immaturité des structures mémorielles cérébrales, et où ces événements ne laissent que des traces mnésiques » ? Au-delà du souvenir à récupérer, M. Bertrand observe ce qui se passe lorsqu'« une partie clivée du Moi fait son entrée sur la scène transférentielle ». Comment le patient peut-il communiquer à l'analyste celle-ci, si le clivage a été effectué avant l'âge de la parole ?
Je trouve une grande différence entre les expériences précoces oubliées et celles qui sont clivées. En effet, une bonne mémoire consiste à oublier autant qu'à se souvenir, elle sait trier les souvenirs, garder proches de la conscience ceux qui lui sont utiles et laisser les autres dans l'ombre : c'est l'amnésie infantile normale. C'est ainsi que les expériences précoces oubliées font partie de nous-mêmes. Nous les avons oubliées mais pas perdues; elles nous ont marqués. C'est grâce à elles que nous sommes devenus nous-mêmes. En effet, comme nous les avons intégrées, elles continuent à évoluer avec tout l'ensemble de notre personne.