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Elle met un temps inhabituel à reposer la revue qu'elle lisait lorsque je viens la chercher à la salle d'attente.
Elle la lâche à regret; j'ai interrompu quelque chose; elle voit que je l'ai compris.
Aussi, me dit-elle, sitôt assise dans notre dispositif habituel, et ce seront ses premières paroles :
« J'ai vu le film Désengagement, d'Amos Gitaï, ces jours-ci, et je n'ai rien compris à la première partie. J'essayais de trouver un éclaircissement dans Les Cahiers du cinéma, car cela m'obsède depuis quelques jours. »
« Qu'est-ce que vous n'avez pas compris ? », lui demandais-je, d'autant plus intrigué que je venais de voir ce film, il y a quelque jours, moi aussi.
« Toute cette histoire du début », me répond-elle. « Vous savez tout ce qui se passe dans ce vieil hôtel particulier, au moment de la mort du père. Si j'ai bien compris la partie palestinienne, le retrait des colons de la bande de Gaza, le désarroi de l'héroïne qui cherche sa fille, en plein drame, au moment où l'armée israélienne déloge ces malheureux de leurs territoires, je ne sais pas ce qui se passe à Avignon quand Juliette Binoche [qui joue l'héroïne] est chez son père mort. Elle n'a pas l'air d'être autrement affectée, elle est à côté de la plaque, elle est paumée. Qu'est-ce que tout cela veut dire ? »
La première partie du film révèle une histoire de famille compliquée : venue chez lui, au moment où il meurt, une jeune femme apprend que son père était au courant de la naissance d'une petite fille qu'elle-même a eue très jeune, au cours d'un séjour dans un Kibboutz. Incapable d'assumer cette naissance, elle a abandonné le bébé dans le Kibboutz. La mort de son père – et le testament – lui révèlent