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Lorsque, en analyse, un sujet a trop fréquemment recours à l'identification projective, sa capacité à faire retour sur sa propre capacité à faire des liens se trouve en défaut. Dès lors, il lui est pratiquement impossible de construire pendant le temps de sa cure une « histoire biographique » ou de « compléter un récit de vie » selon l'expression de Freud dans « Constructions dans l'analyse ». Il lui est tout autant impossible d'esquisser une « construction psychique ». Le sujet se plaçant dans un ailleurs, il est souvent nécessaire dans les débuts de la cure que l'analyste procède à un balisage pas à pas du chemin suivi par la pensée du patient pour que celui-ci puisse se représenter, reconstruire mentalement son propre fonctionnement et ainsi permettre à ses parties clivées et projetées d'être recueillies et ramenées à lui. Dans l'exemple qui va suivre, il est question de la construction dans le sens second que Michèle Bertrand donne à ce terme – à savoir, « la construction d'un espace analytique commun dans lequel une narrativité crée à la fois du lien entre le patient et l'analyste, mais aussi du lien entre les pensées ». Ce type de construction prépare le travail analytique à venir.
M. A… avait posé une sorte de diagnostic sur sa propre manière de fonctionner : il disait qu'il parlait une autre langue et qu'il ne maîtrisait pas la langue des autres qu'il baptisait d'étrangère. Il n'en comprenait pas les sous-entendus, les opacités, les bizarreries. De se sentir ainsi étranger aux autres lui faisait vivre un fort sentiment de solitude et de détresse. Lors d'une séance, pressé par moi de me donner un exemple illustrant ce type de situation, il a relaté un souvenir de sa vie d'étudiant. Un jour, un ami avait évoqué un lieu qui, selon lui, pourrait constituer un lieu de promenade idéal pour une sortie de