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« C'est auprès des poètes que je m'instruis. »
S. Freud.
« [Avec la nouvelle de Jensen] la psychanalyse n' “avance” pas. Freud n'apporte guère dans son commentaire d'idées nouvelles, il est le premier à en convenir – mais, et c'est peut-être un bénéfice plus grand, elle y retrouve illuminé ce qu'elle a péniblement conquis. On dirait que la Gradiva met les pas dans les siens et que du coup la science laborieuse acquiert la grâce. »
J.-B. Pontalis.
À la suite de la rencontre avec Hélène Cixous, il m'appartient d'essayer de dégager quelques passerelles entre l'écrivain et le psychanalyste : l'écrivain qui nous a parlé n'écrira pas ici, c'est à l'analyste qui se tenait silencieuse à ses côtés qu'il revient de le faire… Voilà qui est familier aux analystes qui tentent de rendre compte par l'écrit d'une rencontre avec un patient, qui ancrent dans cette rencontre la construction d'un récit de cure dont ils savent qu'il est une fiction. Mais ce n'est pas du point de vue de l'écrit en psychanalyse que nous avions choisi d'aborder le thème si vaste de « Construction et fiction ». Il nous était plus simplement proposé, à nous psychanalystes, de nous déplacer – ou nous transporter – de la scène des récits du Moi telle qu'elle se déploie dans l'analyse vers la scène des « écritures du Moi ».
Les écritures du Moi… Belle formule, parente de celle de « Roman-du-Je » proposée par Philippe Forest pour en finir avec quelques leurres : leurre que de tenir le genre romanesque pour une « vraie » fiction, le genre autobiographique pour le récit « vrai » d'une vie, et le genre dit de l'autofiction pour une combinaison des deux quand on sait à quelle illusion renvoie le préfixe « auto » du terme, illusion d'un Moi un et indivisible qui serait notre seule et unique « vérité »; formule riche de significations et c'est de ces significations multiples