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Le concept d'identification à l'agresseur constitue un élément clair dans le cadre des théories, même différentes, du fonctionnement de l'appareil psychique, tant dans la version de Sándor Ferenczi (1932) que dans celle d'Anna Freud (1936, 1972). Dans la conception de Ferenczi, l'aspect relationnel est mis au centre : l'identification à l'agresseur est le mécanisme psychique par lequel la victime annule sa propre subjectivité pour devenir exactement ce dont l'agresseur a besoin. La nécessité de l'adulte prévaut sur celle de l'enfant qui, pour préserver des marges de survie psychique, a recours à la scission du Soi victime du traumatisme. Dans la conception d'Anna Freud, l'aspect structurel est mis au centre : l'identification à l'agresseur constitue un précurseur de la formation du Surmoi, dans une phase où la formation du Moi est encore faible. Elle a une fonction structurante, dans la mesure où la peur, à travers la transformation du sujet dans l'objet craint, est modifiée en une agréable sécurité. « Becoming the aggressor in fantasy imparts a sense of psychological control and mastery of anxiety » (Blum, 1986, p. 270).
Je ne vais pas rechercher quels aspects les deux conceptions ont en commun et lesquels diffèrent. Il est dans tous les cas utile de tenir compte de l'observation de Joseph et Anne-Marie Sandler qui placent l'identification à l'agresseur dans la catégorie des défenses liées à la relation d'objet, qui impliquent une inversion de rôle et une combinaison d'identification et projection. Etchegoyen aussi (1985) observe que ces catégories constituent un type particulier de défense, dans laquelle non seulement le sujet mais aussi l'objet est impliqué,