You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Il y a une ironie épistémologique que l'on peut seulement mesurer un siècle après Freud : alors qu'on lui a reproché sa théorie solipsiste du psychisme, et que d'autres, pour sa défense, se sont empressés de citer la phrase « l'enfant, si on inclut les soins maternels […] », on s'aperçoit que Freud s'est longuement intéressé à la relation de l'individu à l'autre, sous la forme de l'identification au père originaire, telle qu'elle se manifeste dans la psychologie des masses. C'est, dit-il, « la première et la plus significative identification de l'individu ». Elle témoigne d'« une prédisposition remontant à l'histoire primitive de la famille humaine ». C'est une identification « directe et immédiate et plus précoce que tout investissement d'objet » (S. Freud, 1923 b, p. 275). Dans « Psychologie des masses et analyse du Moi » (1921 c), il écrit que le « meneur » de la masse incarne toujours ce père primitif et il utilise l'expression « masse à deux » pour désigner la relation hypnotique qui s'établit dans ce genre d'identification. Ce qui est spécifique à la relation de masse, qu'elle soit caractéristique d'une psyché individuelle ou d'une « âme collective », c'est l'absence d'investissement, donc une relation anérotique, une relation à l'objet qui n'est pas une relation d'objet. Les transmissions y relèvent de l'hypnose exercée par « une personnalité toute-puissante et dangereuse »; elles se font par « contagion ». Freud spécifie que, s'il y a abandon de l'investissement d'objet au profit de cette identification, il y a aussi l'incorporation de l'objet dans l'Idéal du Moi qui devient la propriété de ce « père » et dicte ses propres idéaux. Cette identification-là appartiendrait à