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« Ainsi, j'ai tout mis à sa place. Sur le papier, du moins. En moi, tout demeure comme avant. »
Être malade inscrit forcément l'être humain dans une configuration de dépendance par rapport aux médecins. La maladie grave fait subir au patient l'attaque de son narcissisme, la plus violente qui soit, et l'expose au sadisme inhérent aux soins - toujours agressifs - et aux injonctions moralisatrices qui les accompagnent généralement. De ce fait, nous postulons que le patient noue avec son médecin une relation qui se déploie selon un processus inconscient d'identification à l'agresseur, dont les conséquences oscillent entre effets structurants et effets destructeurs en fonction de son organisation psychique ainsi que de la gravité et de l'évolution de sa maladie.
Nous mettrons en perspective la médecine classique fondée sur l'asymétrie de la relation médecin-malade, le transfert et le doute partagé, avec la médecine moderne caractérisée par la performance technique et l'obligation d'information visant à l'autonomie du patient au prix d'une grande violence. Notre réflexion est le fruit de notre pratique clinique avec des adultes (A.-M. Merle-Béral, 1994) et des enfants ainsi que dans le cadre du diagnostic anténatal (A.-M. Rajon, 2006).