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« ÉCRIRE SUR CONRAD N'EST PAS FACILE2. Je le sais d'expérience. J'en ai subi le malaise, sans trouver de cause convaincante à mes difficultés, et je n'ai guère su m'en délivrer avant longtemps. Et bien que m'étant enfin donné une raison plausible, je ne suis pas sûr d'en être complètement affranchi. J'en suis arrivé à la conclusion que cette difficulté était qu'avec Conrad nous avions affaire à un phénomène singulier, peut-être même à une condensation unique, car sans précédent et sans successeur. »
Ainsi débute le très beau travail qu'André Green entreprend sur Joseph Conrad, de son vrai nom Jozef Korzeniowski (1857-1924). Respectueux de l'auteur, conscient que, malgré tant d'études savantes sur lui3, « plus nous le lisons, moins nous savons qui est Conrad », Green s'interroge : « Pourquoi s'obstiner à le chercher, pourquoi ne pas considérer ses livres seuls, seuls ses livres, son écriture comptent ? […] Faiblesse de lecteur qui ne peut se suffire de la seule richesse de son objet : l'œuvre. Ce serait l'idéal de pouvoir s'y tenir » (pp. 16-17). Il le tente. Avec soin, Green pense simultanément l'œuvre et l'auteur sans application simpliste de l'outil psychanalytique4. « Il m'a semblé que