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Ce numéro, qui tente de penser la maladie en articulation avec les processus psychiques et biologiques impliquant la destructivité, est inauguré par un article passionnant et magistral de Jean-Claude Ameisen, biologiste de haut niveau spécialisé dans le domaine des recherches sur la mort cellulaire. On savoure l'admirable écriture de ce texte intitulé « La mort au cœur du vivant », qui nous expose avec autant d'élégance que de limpidité la complexité du phénomène de l'apoptose, dans un style fluide émaillé d'exemples littéraires et mythologiques venant avec naturel renforcer la clarté du propos. Nous apprenons que toutes nos cellules possèdent, à tout moment, la capacité de déclencher leur autodestruction, qu'elles produisent des « exécuteurs » moléculaires capables de précipiter leur fin, et des « protecteurs » capables un temps de neutraliser ces exécuteurs, ce que l'auteur résume en une formule saisissante : « La vie résulte de la négation continuelle d'un événement négatif, de la répression continuelle de l'autodestruction. » De plus, la survie de chaque cellule dépend des interactions avec son environnement, où elle doit trouver les molécules, produites par d'autres cellules, nécessaires à la répression de son autodestruction : « Nous sommes des sociétés cellulaires dont chaque composante vit en sursis, et dont aucune ne peut survivre seule. » Les phénomènes de mort cellulaire massifs survenant au cours du développement des embryons des espèces animales ont été observés il y a cent cinquante ans, mais ils furent oubliés et redécrits plus