You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Le monde a changé, depuis l'époque où Louis XIV, s'adressant aux nobles de la cour, pouvait dire, solennellement : « Sa Majesté a fait très expresses inhibitions à tous nobles de son royaume de signer la prétendue requête », ainsi que le rapporte Saint-Simon. Le mot « inhibition » trouvait là son sens juridique d'arrêt, de retenue. La parole royale donnait au mot une portée symbolique, une fonction paternelle en quelque sorte.
Le monde a aussi changé depuis 1926, année au cours de laquelle Freud écrivit Inhibition, symptôme et angoisse. Si, d'un point de vue psychanalytique, l'inhibition, à l'époque, pouvait être considérée comme un symptôme, comme une conséquence de l'angoisse, comme un détournement de la libido, comme un moyen de défense, et si ces définitions gardent toute leur valeur, il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui la question de l'inhibition amène à considérer principalement les conditions dans lesquelles le sujet ne peut mettre en place certains mécanismes de freinage pulsionnel.
Le modèle freudien de la névrose amenait à considérer les conditions dans lesquelles les symptômes se développaient, avec comme mécanisme central le refoulement et ses aléas. Mais dans son texte de 1926, bien qu'il défende l'aspect principal de l'angoisse que serait l'angoisse de castration, on voit poindre à plusieurs reprises que, si le névrosé a dans son appareil psychique les instances permettant de « maîtriser l'excitation à un degré élevé », pour d'autres, l'immaturité du Moi, les renvoyant au danger de la perte d'objet, ne leur permet pas ce type de défense relativement élaborée. D'où la persistance d'angoisses que l'on peut qualifier de précoces, même si Freud s'emploie à les relier à l'angoisse de castration.