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« Quand Margot dégrafait son corsage Pour donner la gougoutte à son chat, Tous les gars, tous les gars du village, Étaient là, la la la la la la Étaient là, la la la la la. »
Quand le chat est là… les souris ne dansent plus, sous-entend l'adage. Tant que le chat de Margot n'aura pas été « immolé » par les femmes « ivres de colère », tout s'arrête au village, en ce fatal enchaînement qui, de la perte de sa mère par le chaton, conduit Margot à lui donner son sein, et la population mâle tout entière à se retrouver « là, la la la la la la », saisie « par les charmes du joli tableau ». Inhibition massive, brutale et généralisée, dont la cause première serait l'apparition, dans les deux cas (souris et village), du « chat ».
Pourtant, la chanson de Brassens présente au premier abord, comme en témoigne sa musique entraînante, une tonalité plus amusante et légère que grave. Nous sommes nous-mêmes pris sous le charme du déplacement métaphorico-métonymique du poète : coussin-sein-téton; chat-chatte-sexe féminin; la (de « la la la la la la » et donc de l'expansion joyeuse) - là (planté « là » et ne pouvant s'arracher au spectacle) - voire las (épuisé par cette excitation sans résolution).
Le dénouement cruel nous oblige néanmoins à reconnaître le drame sous-jacent. Ce grand désordre ne pouvait durer. Le sacrifice du chaton permettra aux hommes de reprendre leurs activités et à Margot de se trouver un mari.
De ce grand désordre, nous pouvons remarquer, point décisif pour notre travail, qu'il tient à ce qu'une excitation devenue immaîtrisable se traduit par une inhibition complète (quant aux buts sociaux habituels). Et que cette excitation résulte elle-même du court-circuit transgressif dans la satisfaction des besoins par l'utilisation d'un objet inadéquat, inassimilable, par chacun des protagonistes : le sein sans lait de Margot pour le chaton, le chat et le regard des hommes en guise de mari pour Margot, « les charmes du joli tableau » en place de femme pour