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Le souci de Freud d'être et de faire scientifique l'a amené à nier le rôle de l'intuition dans le savoir psychanalytique et dans les processus psychiques de la cure. C'est, en tout cas, la position officielle que prend Freud, et il ne pouvait en être autrement au moment où il posait les fondations d'une nouvelle psychologie scientifique. Mais l'homme, lui, s'est toujours intéressé aux confins obscurs du savoir, comme la télépathie, et son intérêt pour le rêve n'est-il pas aussi issu d'une attraction pour ces « formes vacillantes » (l'expression est de lui, ou de Goethe) de la vie psychique humaine ? La dernière phrase qu'il a écrite concerne la mystique, cette « obscure autoperception du royaume extérieur au Moi, le Ça ». Or il est intéressant de relier cette attraction freudienne à l'hypothèse d'Edelman à propos de la mystique, comme tentative ou rêve de se débarrasser de la conscience « supérieure » et de retrouver la conscience « primaire », à laquelle il attache d'ailleurs une valeur épistémique indéniable parce qu'elle assure « l'incarnation qui est productrice de sens »1. Le mouvement interne d'émigration et de trouvaille qui caractérise la conscience primaire se retrouve chez l'artiste et chez l'amoureux (« fuori di me », dit Chérubin de l'amour) qui franchissent les limites du Moi pour pénétrer dans un territoire insu d'eux-mêmes. Le psychanalyste et l'analysant appartiennent aussi à cette race d'émigrants volontaires qui se soumettent à l' « épreuve de l'étranger ».
Il est touchant de penser que, dans la dernière phrase écrite par Freud, l'investissement infantile du Ça, représenté par le mot « royaume », est toujours aussi vivace, quelques semaines avant sa mort; et cela même si, par ailleurs,