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À en croire les témoins, le concept de sublimation serait né d'un grand éclat de rire. Le révérencieux Hanns Sachs (1944) rappelle en effet que :
« Cela se produisit alors qu'il [Freud] regardait une bande dessinée dans un journal humoristique (Fliegende Blätter) qui décrivait la carrière d'une jeune fille en deux scènes consécutives : dans la première, elle gardait un troupeau de jeunes oies avec un bâton; dans la seconde, elle apparaissait en gouvernante dirigeant un groupe de jeunes filles avec son ombrelle. Les filles de la seconde image étaient disposées exactement de la même manière que les oisons de la première » (pp. 87-88).
Quant aux réminiscences de Richard Sterba (1982) - qui eut l' « audace », en janvier 1931 et au 19 Berggasse, de faire un exposé : Zur Problematik der Sublimierunglehre, traitant des contradictions conceptuelles émaillant les différentes formulations freudiennes de la sublimation -, elles nous restituent ceci :
« Freud ouvrit la discussion en nous racontant comment il en était venu au concept de sublimation. Il avait lu dans le Harzreise de Heine l'histoire d'un jeune homme qui, par une méchanceté sadique propre à la jeunesse, coupait la queue de tous les chiens qu'il pouvait attraper, et cela à la grande indignation de la population des montagnes du Harz. Ce même jeune homme était devenu plus tard le fameux chirurgien Johann Friedrich Dieffenbach . Freud fit ce commentaire : “On a là quelqu'un qui fait la même chose durant toute sa vie, d'abord par méchanceté sadique, ensuite pour faire du bien à l'humanité. J'ai pensé qu'il était correct d'appeler sublimation ce changement de sens d'une action” » (p. 103).
Aussi ne peut-on que s'interroger sur l'étrange accointance - dès le début ! - entre cette élégante activité et cet art non moins raffiné que peut être parfois l'esprit. Comment, en effet, ne pas s'étonner de voir le familier de Léonard user de cette pratique apparemment frivole qu'est le Witz pour rendre compte des réalisations humaines