You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Parfois, au terme d'une longue et difficile journée, le psychanalyste blanchi sous le harnois s'interroge : a-t-il, aujourd'hui, contribué, même modestement, au mieux-être de ses patients ? A-t-il honoré sa part du contrat, ce à quoi il s'était engagé lorsqu'il avait invité au traitement par un « Je pense que vous en tireriez bénéfice » (ou toute autre formule du même genre) ? Il pense à cette dame d'un certain âge farouchement cramponnée à une histoire d'enfance malheureuse et qui le met au défi d'y changer quoi que ce soit, puisque c'est arrivé; à cet homme venu le voir épouvanté de sa propre violence mais qui ne cesse de le provoquer comme il provoquait son père; à cet autre si persuadé de son insignifiance et de son irrémédiable impossibilité d'approcher une femme… Il se rassure au souvenir d'un autre cas, celui d'une personne dont le destin a réellement été changé par l'analyse; il se dit qu'un succès de ce genre justifie trois échecs… Cependant, il se demande si ce qu'il fait est réellement utile.
Il aimerait échapper à sa subjectivité en ce domaine : il est si facile de se rassurer en gommant les échecs et en mettant l'accent sur les succès… De temps à autre, il tombe sur un article relatant un travail qui s'est proposé de vérifier scientifiquement ce qu'il en est. Scientifiquement, qu'est-ce à dire ? La technicité de ces travaux qui se proposent de vérifier l'efficacité de la cure analytique - ou, plus largement, des psychothérapies psychanalytiques - lui paraît assez rebutante, et passablement hermétique. Il se demande surtout si la méthode ne tue pas l'objet : à voir la façon dont le problème est alors posé et traité, il se demande s'il s'agit encore de psychanalyse.