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Ce numéro de la revue porte le nom de Fremde, mot difficile à traduire car correspondant à une notion complexe qui englobe différents sens : « étrange », « étrangers », « étrangeté », « aliénation », « distanciation », « dépersonnalisation ». Ce mot a une racine commune avec le mot anglais from, explique Ortrud Gutjahr, l'éditrice de la revue. Les auteurs des articles sont en majorité professeurs de littérature ou psychanalystes et s'intéressent aux multiples figures de l'étranger. Toutes ces figures esquissent en même temps l'autoportrait de l'étranger en nous, cette autre personne que nous sommes toujours et pour toujours à nous-mêmes, comme le dit Michel de M'Uzan.
Mario Erdheim cherche à comprendre pourquoi la notion de Fremde (étrangeté) n'a pas trouvé sa place dans le vocabulaire de la psychanalyse alors qu'elle a une fonction fondamentale dans le psychisme. Il rappelle que Freud s'est servi du mot Fremde pour désigner l'inconscient, « l'étranger à l'intérieur ». Le sens du mot ne coïncide que partiellement avec celui d' « inquiétante étrangeté » (unheimlich). L'étrange, l'étranger, l'étrangeté ont une connotation répulsive, anxiogène et toxique qui peut être dominante. Dans la psychanalyse, dit Erdheim, le mot Fremde occupe plusieurs places : c'est tantôt l'inquiétante étrangeté, c'est tantôt le Ça et la pulsion, et tantôt le bisexuel qui représente le chaos au sein de notre société dans laquelle le « féminin » et le « masculin » sont des piliers de l'ordre. Le mot désigne aussi un mélange de fascination, de peur et de plaisir. C'est comme un écran de projection, ce qu'il y a d'étrange peut disparaître, comme l'angoisse de l'étranger conceptualisée par R. Spitz; l'étrange peut aussi cheminer vers l'intime. L'étrangeté peut se révéler réversible, l'étrange peut devenir familier et l'intime peut devenir l'étrange. Erdheim cite plusieurs auteurs : notamment Otto Gross (1914) qui décrit la figure du père et du