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Les notes cliniques qui vont suivre sont empruntées à mon mémoire de candidature à la Société psychanalytique de Paris (janvier 1962), intitulé : Apparition d'un transfert latéral favorisé par une attitude d'analyse sauvage du conjoint. Il concerne une patiente que je devais avoir en traitement depuis 1955 ou 1956. Je n'avais jamais relu ce travail. Je ne reprendrai pas le texte dans son entier, et, bien que les protagonistes de cette analyse soient morts depuis plus de quinze ans, j'ai opéré d'importantes coupures pour éviter tout ce qui risquerait (en raison de la diffusion de ces pages) de compromettre leur anonymat. La première mention d'analyse sauvage est celle de Freud dans son article de 1910, et du transfert latéral, dans « De la technique psychanalytique » et dans « Pour introduire le narcissisme »… En 1962, les analystes n'avaient guère approfondi ces sujets.
La patiente, Judith, née à Paris, la dernière de sa fratrie, était d'origine juive d'Europe centrale, résistante très active dès 1941, à l'âge de 18 ans, et déportée à Auschwitz en 1942. Pendant de longs mois, la malade organisa avec son mari (lui-même ancien déporté) ce qu'il lui arriva dans le cours du traitement d'appeler « séances ».
Judith est une jeune femme, petite, brune, mince, les traits fins. Toute son attitude, sa voix, ses gestes retenus, tremblants et maladroits, la mimique atterrée, le regard de deux grands yeux bruns suppliants, les cheveux très noirs coupés courts dont les mèches retombent sans grâce le long de ce visage crispé, sans l'ombre d'un maquillage, ne peuvent certes pas passer inaperçus. Bien qu'elle soit visiblement propre, la tenue de Judith complète son allure à la limite du négligé et du misérable, elle semble flotter dans des vêtements d'une bonne