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« Il y a un secret du vin; mais c'est un secret qu'il ne garde pas. On peut le lui faire dire : il suffit de l'aimer, de le boire, de le placer à l'intérieur de soi-même. Alors, il parle. En toute confiance, il parle. »
« C'est pas moi, c'est la chimie ! », ce sont les premières paroles que me lance joyeusement Sibylle. Je la rencontre au terme d'un parcours qui a comporté une rupture sentimentale, un effondrement dépressif, la rédaction d'une lettre d'adieu, suivie d'une tentative de suicide médicamenteuse, d'un passage en réanimation, de la rencontre avec un psychiatre qui lui a prescrit un antidépresseur et enfin la consultation avec un psychanalyste qui me l'adresse. Je la reçois, sans savoir a priori s'il s'agira d'un traitement psychiatrique ou psychanalytique, ou d'une thérapie bifocale.
Elle pose d'emblée la question de la relation au médicament, laissant de côté, en apparence, la relation à celui qui fournit le médicament. C'est la même question qui m'est adressée régulièrement, que je sois en situation de prescripteur ou d'analyste d'un patient. La grande majorité des patients s'interroge, tôt ou tard, sur les effets du psychotrope sur eux et à propos d'éventuelles conséquences sur leur travail analytique : est-ce qu'on rêve davantage ou plus du tout, est-ce qu'on devient insensible, est-ce qu'on va dépendre du médicament ?… L'un des patients en psychothérapie depuis de longues années, appréciant pour un temps le soulagement apporté par un psychotrope, a pensé qu'il valait mieux que je réduise les doses d'antidépresseur pour retrouver assez de sa souffrance pour poursuivre son travail analytique. Mais le temps où le recours à la psychanalyse excluait de prendre des médicaments est passé. De même, l'idée que la souffrance était nécessaire au processus n'est plus un postulat aussi intangible.