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Détruire, se détruire, mais aussi être détruit. La forme grammaticale existe, et le fait aussi. Être détruit, et y survivre : alors cette survie est une passion, et d'abord au sens étymologique du mot, celui de la douleur.
Bruno Bettelheim fut le premier analyste à travailler cette passion, cette douleur de survivre à la destruction, sa douleur. En 1976, il a publié Survivre1, un ouvrage qui rassemble de nombreux textes, écrits au long des quarante ans de sa carrière. À partir de son expérience concentrationnaire, il montre combien y survivre est une douleur et il en propose l'analyse. La douleur de survivre, dit-il, s'origine dans une question lancinante qui entretient la culpabilité sans fin dont tous les survivants parlent : « Pourquoi moi ? » On ne peut venir à bout d'une telle interrogation que par le renoncement à la toute-puissance qui exigerait qu'à toute question il y ait une réponse. Ce renoncement s'obtient avec l'analyse du complexe et de l'angoisse de castration, et avec l'analyse du fantasme de la scène primitive qui contient en son cœur une autre question insoluble : « Pourquoi suis-je né ? » Ce renoncement permet alors de vivre avec des questions sans réponse.
Mais la douleur de survie la plus térébrante est à ses yeux celle de vivre avec la certitude qu'il n'est plus possible de compter sur la fonction synthétique du Moi. Entre savoir que le Moi est irrémédiablement divisé et vivre avec l'expérience de sa dislocation brutale et sans remède, il y a un fossé radical. L'illusion de l'unité du Moi est promise à désillusion par le travail de l'analyse, mais de telle sorte qu'elle puisse renaître et être à nouveau mise à mal : cette succession