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Dans un article paru en 2007, André Green exprime son admiration pour l'ouvrage de Jonathan Littell qui, dit-il, dépasse de beaucoup les limites du roman. Selon lui, « seul un psychanalyste est en mesure de saisir toute la profondeur et l'étendue de la problématique de cette œuvre »2. Je ne sais si tous les psychanalystes, ou tous les lecteurs, seraient de cet avis, mais ce roman opulent offre une matière inestimable pour penser le tragique de la condition humaine dans ce qu'elle a de plus infernal, de plus insoutenable et noir. Je propose ici un fragment de réflexion qui porte sur l'une des perspectives de cette œuvre qui en contient tant.
Pour cerner le sujet, je me situerai délibérément en marge de l'approche psychopathologique. En effet, l'on pourrait dire que le narrateur n'est ni un névrosé ni un pervers ou un psychotique, un psychosomatique, un mélancolique, un psychopathe ou un assassin, mais qu'il est tout cela à la fois, opérant par là un ample balayage du spectre de la morbidité. On trouve, pour chacun de ces types pathologiques, des passages du roman dans lesquels le personnage apparaît plus ou moins nettement sous ces traits, et cela sans nuire à la vérité du tableau. Au contraire, à travers cette fresque vertigineuse, qui fait défiler actes odieux, rêves, délires, dans une anarchie pulsionnelle déchaînée, c'est un échantillon hallucinant du capital représentatif de l'espèce humaine qui est dépeint. Max Aue traverse l'Histoire, ses fracas et son chaos, il est traversé par elle et l'engendre dans un même épanchement convulsif; le IIIe Reich et ses effets