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Dans Le malaise dans la culture, à propos du sentiment océanique, Freud notait que rien, dans la vie psychique, ne peut se perdre, ne peut disparaître, et qu'on peut donc tout naturellement retrouver dans la psyché la trace d'états primitifs aux côtés d'états transformés qui en dérivent. Dès lors qu'une chose s'est formée dans la vie psychique, elle reste vivace et peut être ramenée au jour à la faveur d'une forte régression : l'espace psychique, dans lequel rien de ce qui s'est produit une fois ne s'efface, est comparé à la ville de Rome, sous laquelle gisent les vestiges de la Rome antique.
Le rêve, caractérisé par une triple régression - topique, temporelle et formelle - n'échappe pas à la règle :
« Le rêve, qui réalise ses désirs par le court chemin régrédient, ne fait là que conserver un exemple du mode de travail primaire de l'appareil psychique qui a été banni à cause de son inefficacité. La vie nocturne a recueilli ce qui fut autrefois notre vie éveillée, quand notre vie psychique était jeune et inhabile, un peu comme nos enfants retrouvent les armes aujourd'hui périmées de l'humanité primitive, l'arc et les flèches. Le rêve est un fragment de vie psychique infantile qui a été supplantée » (Freud, 1900, p. 482).
En ramenant l'assemblage des représentations à leur « matière première », le rêve favorise un réinvestissement hallucinatoire de la perception et semble, ainsi, effectivement assurer la pérennité d'un mode de satisfaction pourtant devenu obsolète, celui d'une satisfaction par hallucination, qui paraît trouver ainsi une possibilité d'accomplissement - alors même que ce mode « par procuration » se caractérisait par son inefficacité à produire une satisfaction réelle dès les débuts de la vie psychique.