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Le rapport que nous offre Bernard Chervet est d'une lecture exigeante, difficile souvent. Mais il présente ce qu'on peut attendre de plus stimulant d'un tel travail : des hypothèses et une spéculation métapsychologiques qui ne se réduisent pas à la récitation freudienne. D'ailleurs, il est remarquable d'y constater - comme un signe de courage chez l'auteur - l'absence de ces citations sur lesquelles on se repose souvent prudemment : d'où l'impression de densité, et la sensation d'essoufflement, aussi, que j'ai eue parfois à suivre les mouvements de pensée… Car la transposition s'avère ici non seulement processus psychique antitraumatique, mais encore mode d'exposition de la théorie : déplacer et faire entendre autrement le méconnu, ou le resté en latence. J'y reviendrai.
Tout en gardant l'idée que l'après-coup - ce qui fait revivre, ou plutôt vivre en le remaniant ce qui n'a pas pu recevoir jusqu'ici de représentation psychique - est à la fois traitement du trauma et théorie de ce traitement, il faut admettre que les propositions de B. Chervet bouleversent un peu la conception classique du concept (celle que je tiens, pour ma part, des travaux de Jean Laplanche et de sa théorie traductive2; le rapport de B. Chervet, cependant, me semble éclairer ce qui, je crois, reste en attente de développement chez J. Laplanche : la nature de l'appareil « traductif »). Bouleversement d'abord par ce qui semble écarté : l'événement singulier produit par la rencontre ou le destin, le coup des scènes traumatiques, et surtout, peut-être, la fonction déterminante de l'autre dans l'après-coup, même si celle-ci est retrouvée avec l' « identification processuelle » à l'objet, à l'environnement ou à l'analyste. Prise de distance, aussi, avec la temporalité elle-même : celle du passé-présent, celle du retour jusqu'au « Temps retrouvé », celle du remaniement ne semblent