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Si l'enfance est une invention du siècle dernier - Borges l'attribuait à Charles Dickens en littérature -, la vieillesse semble avoir été refoulée et négligée par notre siècle. Le paradoxe est encore plus frappant si nous pensons que, dans les cinquante dernières années, la durée de vie moyenne de la population dans les pays riches en Occident a pratiquement doublé. Arriver à devenir vieux, à mourir de vieillesse n'est plus, comme au temps de Montaigne, un rare « privilège » (Montaigne, Essais, livre I, chap. LVII, « De l'âge »). Et cependant la vieillesse, en tant que saison spécifique de la vie humaine, n'a pas suscité, à notre époque, des réflexions comparables à celles des classiques.
La psychanalyse elle-même, discipline contemporaine, ne semble pas avoir consacré à la vieillesse, au moins jusqu'à il y a peu, une attention spéciale. Freud, oublieux ici de son admiration pour Sophocle, omet de souligner que celui-ci, déjà très vieux, traîné en justice par ses enfants qui cherchaient à le faire déclarer inapte, convainc les juges de sa capacité mentale intacte en leur lisant Œdipe à Colone, qu'il venait à peine de terminer (Cicéron, De Senectute).
Mais le problème n'est pas, à mon avis, de démontrer la créativité prolongée de certains vieux célèbres - ce ne sont pas les exemples qui manqueraient -, mais plutôt de réussir à concevoir la vieillesse comme un âge de la vie. Il semble évident que la vieillesse est la dernière saison du cycle de vie de l'homme, mais quelque chose nous pousse à la négliger, à ne pas lui accorder une dignité égale aux autres étapes de la vie : l'enfance, la jeunesse, la maturité. La vieillesse apparaît, toujours et seulement, comme l'époque du dépérissement, de l'usure, des pertes : perte de la force, de la lucidité, du désir. Il ne s'agit pas de proposer à nouveau, avec Cicéron, les quatre défenses contre les accusations adressées à la vieillesse, défenses assurément consolatrices, mais plutôt du fait