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Douze ans plus tard, me voici de nouveau incité à reprendre un travail d'élaboration sur le temps en psychanalyse. Est-il temps pour cet après-coup ? Étais-je, à l'époque, en avance quant à cette réflexion sur la temporalité psychique, ou bien l'après-coup de nos rapporteurs traduirait-il un temps de retard - ou, mieux, un temps de latence pour en intégrer les propositions ? J'avais à l'époque tenté de montrer toute la complexité du temps psychique selon Freud et en psychanalyse, que ce soit pour chaque sujet, chaque situation clinique, chaque famille selon la construction des fantasmes originaires réglant les rythmes de chacun, ou même dans chaque école de psychanalyse (rythme des séances, des interprétations…).
Un des fils rouges de mon travail avait été d'insister sur la complexité, afin d'éviter d'idéaliser l'intemporalité de l'inconscient, que ce soit en rapport avec la régression, la fascination de l'archaïque ou l'après-coup. Je m'étais aperçu que certains analystes, en réaction contre l'idéalisation d'un temps linéaire et des stades pulsionnels très hiérarchisés, avaient pu voir en l'après-coup un moment magique, bénéfique (après-coup élaboratif) ou diabolique (après-coup mortifère), dans une sorte d'idéalisation de l'intemporalité pouvant aller jusqu'à l'atemporalité, la forclusion du temps.
Les deux auteurs qui ont le plus contribué à la compréhension de l'après-coup dans nos pathologies actuelles - Ferenczi, par son travail sur la déconstruction traumatique et la « néocatharsis »; Lacan, par son insistance sur l'après-coup freudien - n'ont pas échappé à cette dérive (même si Ferenczi a eu le mérite de revenir sur ses erreurs en invoquant son contre-transfert, ce que Lacan récusait) : Ferenczi, par sa fascination pour l'archaïque et par la confusion des générations qu'instituait l'analyse mutuelle; Lacan, par sa fascination par les structures atemporelles du langage et du signifiant.