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Il a souvent été signalé la place centrale du concept d'après-coup dans la psychanalyse française, et cela à tel point qu'il a même pu être considéré comme l'un, voire son label d'origine par excellence. Nous ne trouvons dans aucune autre culture psychanalytique une présence aussi importante de cette notion. Or la question suivante se pose : lorsqu'un certain concept n'est pas explicitement nommé par une communauté psychanalytique donnée, cela veut-il dire que la réalité clinique à laquelle cette notion se réfère n'est pas reconnue ni, en conséquence, travaillée ?
B. Chervet (2006), en commentant les récents débats entre psychanalystes des deux côtés de la Manche à ce sujet, signale le risque de « simplification » qui consiste à croire que, « de ce côté de la Manche, nous procédons et produisons de l'après-coup, alors que de l'autre côté, non ». Et il propose cette charmante métaphore d'inspiration shakespearienne : les roses porteraient-elles un autre nom qu'elles ne cesseraient pas pour autant de nous ravir avec leur arôme.
Prenons l'œuvre de Bion, axée sur les transformations psychiques, le développement de la pensée et la découverte du nouveau. Pas une seule fois Bion nomme explicitement l'après-coup. Serait-il légitime d'en déduire que Bion méconnaît les processus de re-signification qui accordent une nouvelle efficacité psychique aux expériences émotionnelles anciennes, pour nous en tenir à la définition d'après-coup consacrée par Laplanche ? Ou bien faudrait-il admettre que Bion et tant d'autres psychanalystes ressemblent en ceci à M. Jourdain, qui depuis toujours parlait en prose sans le savoir1 ?