You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Bien qu'elle ne soit pas directement abordée par les deux rapports, une question ne peut manquer de surgir à leur lecture, celle des relations entre processus de théorisation et après-coup. La réflexion théorique vient toujours après coup au sens chronologique du terme. Mais dans quelle mesure constitue-t-elle un véritable après-coup, tel que l'a défini Jacques André, celui d'un télescopage des temps ayant valeur de révélateur, dans quelle mesure aussi offre-t-elle un point de départ à un futur après-coup ? C'est donc la nature même du processus théorisant qui est interrogée ici.
L'une des premières activités culturelles de l'être humain a consisté à établir des listes, ainsi que l'anthropologue Jack Goody l'a remarquablement montré (Goody, 1977). Mettre de l'ordre dans le chaos des faits et dans le chaos psychique de l'humain face au monde s'inscrit ainsi d'emblée dans une double polarité : créer un cadre de pensée et dégager une concaténation signifiante, d'une part; mais, de l'autre, rendre compte en termes linéaires d'éléments qui nous échappent, ce qui pousse à établir des régimes de causalité dont la fonction de réassurance prime sur toute autre. D'un côté, « faire des listes » irait de pair avec la construction d'un cadre de pensée; de l'autre, nous guette le risque d'être entraînés vers une pensée stérilisante.
Cette tension revêt une forme particulière dans le domaine psychanalytique. D'abord parce que, dans la mesure où elle est ressaisie secondarisée de ce qui s'est joué dans notre travail clinique, la réflexion théorique ne peut que tendre à substituer une logique linéaire à l'éclatement des temps caractérisant notre activité clinique. À cela s'ajoute que le travail psychanalytique échappe, quoi qu'on en ait dit, aux modes scientifiques de vérification : on ne peut dans notre discipline se contenter de dresser des « listes ». Malgré de nombreuses tentatives dans cette direction, il est évident que le modèle scientifique/positiviste ne peut s'appliquer à l'