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Dans une lettre à Max Eitingon du 13 février 1912, Freud lui donne des nouvelles d'une patiente berlinoise que celui-ci lui a adressée à Vienne :
« Je serais tout à fait disposé à vous envoyer des patients; pour l'instant, c'est à vous que je dois mon cas le plus intéressant, car il s'agit de Mme Nacht, aucune cure ne m'apporte autant de plaisir - mis à part le point de vue thérapeutique. Jusqu'ici, l'affaire suit un cours idéal, le cas est pratiquement réglé, son comportement est très étrange. Dans ses rêves, elle confirme tout; éveillée, elle le comprend admirablement mais ne ressent rien, elle laisse tout glisser sur elle à l'aide des grands résistances (non-croyance). J'ai une position excellente parce que je lui ai expliqué que, si elle ne voulait pas guérir, c'est à la suite d'un besoin de vengeance qui s'était immédiatement reporté sur moi à cause du mauvais accueil que je lui ai réservé. On en viendra sans doute très prochainement au combat sur le champ de bataille du transfert et l'on pourra alors mesurer s'il existe de chances de guérison; le caractère transparent de ce cas se perdra alors.
« Elle l'a exprimé tout récemment : je note que tout m'est déjà impossible; plus rien ne m'est indifférent1, sauf peut-être le fait que la journée soit chaude ou froide. Cela signifie : n'importe quelle journée me convient, et son mari s'appelle Nacht ! »2
Comme presque toutes celles que l'on trouve dans son œuvre, la construction implicite de Freud joue sur le double sens d'un mot, ici le mot « journée ». Ou, plutôt, elle joue sur le double sens du contraire de « journée », la nuit, Nacht. Le mot « journée » a un double sens, « le jour », comme contraire de la nuit, et « le jour » comme contraire du mari, M. Nacht, c'est-à-dire Freud dans le transfert. L'écoute de ce double sens amène Freud à une construction dont il se propose de tirer une interprétation de la résistance au transfert de la patiente. S'interrogeant sur cette place des mots à double sens dans l'inconscient