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Les deux questions fondamentales que recouvre l'après-coup se retrouvent dans le titre du rapport de J. André : l'événement et la temporalité. Ces deux questions sont d'une extrême complexité et la philosophie de tout temps s'y est intéressée. La philosophie imprègne la pensée de Lacan et il s'en est servi pour formuler et penser des questions psychanalytiques. Au 67e Congrès ayant pour thème « La cure de parole », j'ai présenté un travail, « Le “Discours de Rome” : point d'inflexion de la psychanalyse », montrant que Lacan redonne au langage sa place centrale dans la psychanalyse telle qu'il l'occupait pour Freud. Avec l'après-coup, nous sommes dans la même situation, dans la mesure où nous sommes conduits à penser le temps dans la psychanalyse.
L'être humain naît deux fois, une première fois biologiquement, en « chair et en os », et une seconde fois dans la culture, par le langage. Cette deuxième naissance est le premier coup auquel nous sommes soumis. Heidegger cite un poème de Stefan Georg dont les deux derniers vers sont : « Ainsi appris-je, triste, le résignement : / Aucune chose ne soit, là où le mot faillit. »1 Le temps aussi suppose le langage pour apparaître.
Michèle Montrelay nous parle de l'événement et l'avènement de la sortie de la chair d'une manière plus touchante :
« Un exemple emprunté à Freud : le cri, dit-il, en faisant trait, fait naître l'être. Il détache de la nuit organique la douleur ou le plaisir du nourrisson pour les porter au-dehors : du côté de l'oreille, et de l'autre qui entend… Voyons-y la manifestation de la Bejahung, où la vie tirée de ses ténèbres se concrétise en objet “bon” ou “mauvais”. Aussi dépendant que soit l'enfant de la sensation qu'il éprouve, cet objet ne se confond plus à la stupidité du corps. Il est désormais devenu Autre : non objet de la réalité, mais objet halluciné, qui comme tel pose de l'être. »2