You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« Rencontre », sans adjectif et au singulier, signale que, si la rencontre entre un psychanalyste et un patient porte toujours les stigmates d'une autre rencontre, une rencontre originaire, elle n'en est pas pour autant psychanalytique d'emblée : elle doit au préalable devenir le premier temps d'un processus qui sera fait de réactions en chaîne, de mises en abîme pouvant conduire à des séries de scènes antécédentes, et peut-être permettre ainsi de rencontrer l'aléatoire du futur. Dans cette perspective, la rencontre n'est donc pas d'emblée le premier entretien d'une analyse - la chronologie n'a rien à voir avec le propos - mais elle peut le devenir après coup. Le comment de cette possibilité a été l'objet de la table ronde1 qui a réuni, aux côtés de Jacques André et de Bernard Chervet, Marie-France Dispaux2, Roberta Guarnieri et moi-même.
Avec certains patients, ceux que Jean-Luc Donnet appelle les « analysants naturels »3, la rencontre se transforme sans difficulté en premier entretien, un premier temps qui ouvre, grâce au transfert, à l'après-coup. L'après-coup y apparaît comme une sorte de jeu de bonneteau de l'inconscient - j'emprunte la comparaison à Michel Neyraut4 -, véritable tour de passe-passe qui permet de croiser les temporalités et de faire que le présent renvoie au passé, et inversement que le passé appelle le présent. Un jeu de permutations, donc, de renversements, un jeu avec le temps qui apprend à se jouer de l'absence, condition du deuil libérant de l'emprise de l'objet. Dans ce cheminement, le patient, comme Freud autrefois, abandonne lui aussi sa neurotica et se dégage non seulement de l'événement, mais aussi de l'objet qui lui est lié.