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Lorsque Freud considère qu'à partir de la cinquantaine, les conditions de la psychanalyse deviennent défavorables « car alors la masse des matériaux psychiques ne peut plus être étudiée à fond, la durée de la cure est trop prolongée et la capacité de faire rétrograder le processus psychique est en voie d'affaiblissement » (Freud, 1904, p. 7), il est d'abord soucieux de mettre en valeur sa nouvelle méthode thérapeutique là où elle a le plus de chances de succès. Mais il est rare que, face à des questions ayant jusque-là échappé à sa pratique, il avance des arguments aussi catégoriques et schématiques. Quant aux échecs de la cure, il montrera par la suite sa capacité d'en tirer parti tant sur le plan théorique que pratique. C'est pourquoi il me semble justifié de considérer cette brève remarque sous l'angle d'un non-savoir ne portant pas seulement sur la clinique mais aussi sur soi-même.
On peut penser qu'en écrivant ces lignes, Freud projette sur un imaginaire et prototypique patient âgé des représentations de sa propre vieillesse qui lui étaient encore inaccessibles, moins du fait de son âge qu'à défaut de pouvoir leur donner une élaboration personnelle dans la relation avec des patients réels, ce qui est une des définitions du contre-transfert. Entre temps, les psychanalystes ont étendu l'indication de la cure au-delà du milieu de la vie et certains travaillent même, en cabinet ou en institution, avec des patients parvenus au grand âge, c'est-à-dire ayant passé 85 ans. Ils ont découvert qu'à cet âge, les conditions du travail psychique ne sont ni aussi homogènes ni aussi nécessairement défavorables que l'estimait Freud. En revanche, ce travail les engage dans des configurations transférentielles et contre-transférentielles encore peu explorées.