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Au fil du temps, les centres d'intérêt des analystes se sont modifiés en fonction de leur pratique et des extensions de celle-ci. Mais il serait inexact de ne voir dans cette évolution qu'une question d'indications : on n'aurait fait qu'élargir les applications de la méthode à de nouvelles catégories de patients allant des cas limites aux patients somatisants. L'enjeu est, à mon sens, bien plus considérable, qui nous confronte à des dimensions jusqu'alors insoupçonnées de l'expérience de l'humain.
L'une de celles-ci affecte profondément notre manière d'envisager le thème de la satisfaction. Le focus change. Il s'agit moins de comprendre par quelles voies l'être humain tente de retrouver ou de garder une expérience de satisfaction ayant eu lieu par le passé que de se poser la question : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de cette expérience ont été profondément altérées ou qu'elle n'a pu advenir ? Si trouver un objet est bien, en règle générale, le retrouver (Freud, 1925), quel est l'avenir de l'individu quand cette première et mythique « trouvaille » a échoué, quel effet cet échec exerce-t-il sur ses modes relationnels ? Cette interrogation en amène aussitôt une cascade d'autres.
D'abord, quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes à ce qu'advienne une expérience de satisfaction, étant bien entendu que nous ne visons pas à une reconstitution objective de « ce qui s'est réellement passé » mais tentons seulement de (re)construire ce que nous pouvons en saisir à travers les aléas du jeu transfert / contre-transfert ? Situation déjà suffisamment complexe puisqu'elle nous place devant une équation à deux inconnues au moins : la nature de l'expérience passée (ou de son défaut) d'une part, les modalités de son actualisation dans la cure de l'autre.