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Les réflexions cliniques et théoriques qui seront exposées dans ce texte proviennent du travail de soins effectué dans une unité spécialement conçue pour patients psychotiques sévèrement perturbés. Cette unité a été créée afin de proposer une approche psychothérapique (institutionnelle, groupale, voire individuelle) à des patients psychotiques qui se trouvent en hôpital psychiatrique depuis de nombreuses années, les différentes approches thérapeutiques tentées au cours des années ayant plus ou moins échoué. Il est donc question ici d'une petite minorité de patients schizophrènes, probablement moins de 5 % des personnes souffrant de cette pathologie. On parle de patients « insortables », « inséparables », de « situations d'emprise interminable » (Azoulay et Chambrier, 1983); Racamier utilisait l'expression d'« évolution catastrophique » pour qualifier leurs parcours.
Vue à partir de cette population, la psychopathologie psychotique présente de notables différences par rapport à ce que nous avons l'habitude de repérer comme spécifiquement psychotique chez les patients adultes que nous rencontrons dans des conditions plus individuelles. Par exemple, les idées délirantes et les hallucinations, bien que présentes, n'occupent pas le devant de la scène clinique; elles sont mal organisées, inconstantes, voire inconsistantes, elles ne parviennent presque jamais à un niveau de travail qui en ferait une narration. Elles remplissent donc mal leurs fonctions défensives, ce qui est également attesté par le fait que des mécanismes comme l'identification projective ou le clivage, et en partie le déni, sont difficilement repérables ou discrets. De même, les mouvements régressifs sont absents ou difficiles à identifier du fait de la désorganisation du langage et de la temporalité, qui semble traduire une déstructuration d'ensemble des instances de la première topique et donc ôter à