You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Souvent, en France, où la littérature est prisée même par ceux qui s'en passent fort bien, on voit des psychanalystes partir pour les lettres, comme en 14 on montait au front : avec la certitude que c'est là que ça se passe et qu'on va voir ce qu'on va voir. Ils s'engagent. Ils vont aux lettres comme au combat. Tel le héros du récit de Jean Paulhan, Le guerrier appliqué, ils prennent l'uniforme d'un régiment de zouaves, puis, ferraillent dans les tranchées des revues littéraro-psychanalytiques et s'interrogent gravement à la garde : « Sur quoi tu travailles en ce moment ? » Comme s'ils ne travaillaient pas qu'à une seule chose : à ce que leur petit je devienne un grand moi. « Tout ce que tu dis parle de toi : singulièrement quand tu parles d'un autre »1, disait Valéry, qu'ils n'ont probablement pas lu. D'ailleurs, ils lisent peu. Peu d'écrivains, jamais de confrères. Parfois, on dirait qu'ils ne se lisent pas eux-mêmes. Mais enfin, ils s'appliquent, revêtent la panoplie du petit écrivain et partent en guerre, la fleur à la plume. Je ne dis pas au clavier, car, souvent passéistes et superstitieux, ils pensent qu'écrire ne va pas sans une certaine magie de la graphie à la main, une mystique de la « table d'écriture », et préfèrent la volupté des outils mallarméens et pour tout dire vaguement sexuels — Freud le soutient — d'une pointe lâchant une encre que le papier accueille. Grâce à ce déguisement, le psychanalyste appliqué a alors l'impression délicieuse de coïncider enfin avec son être.
Mais est-il chez lui dans le dur combat de la chose littéraire ? Pourquoi écrire serait-il une tâche nécessaire dans l'ordre de la psychanalyse ?