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« Écrire la psychanalyse »… Voilà bien un titre qui, s'il paraît d'abord aller de soi — d'autant qu'il est conçu pour une revue de psychanalyse — ne m'apparaît guère évident dès l'instant où je cherche à le situer dans notre culture. Si, en bon freudien, je situe la psychanalyse comme une science, comment puis-je me représenter la situation dans les autres sciences : imagine-t-on un article sur « Écrire la biologie » (ou la chimie, ou même la médecine); cela paraîtrait quelque peu saugrenu, voire incongru. Et pour ceux qui préfèrent tirer l'analyse vers d'autres horizons, « écrire la littérature » ne serait qu'une tautologie peu significative, pour ne pas dire insignifiante. Mais lorsque je lis « écrire la psychanalyse », ça me parle jusqu'à me donner envie d'en écrire; c'est d'évidence aussi le cas pour ceux qui proposèrent ce numéro de la RFP et, peut-on penser, pour ceux qui choisissent de le lire. Il y a là comme une dissonance à l'égard du champ culturel; pareille discordance a quelque chose de bizarre, à tout le moins d'un peu surprenant. Il est vrai qu'il en va souvent ainsi lorsqu'il s'agit des choses de la psychanalyse; mais en quoi notre thème en témoigne-t-il ?
Parmi les traits qui font de la psychanalyse une praxis des plus singulières se situe son fondement originel : elle n'est que paroles. Pourtant, elle ne saurait se dire; pour en parler, il faut écrire — et d'ailleurs les écrits abondent. Ils abondent même plus encore qu'on ne le voit car il ne s'en publie qu'une bien petite part. Pour un analyste, écrire ne signifie pas forcément qu'il souhaite se faire publier; bien au contraire même. Tout se passe comme s'il éprouvait une pression, un besoin : l'analyste écrit pour lui, à la sortie d'une séance, au cours d'une conférence, dans les attentes d'un voyage ou lors des vacuités du temps qui passe. J'ai demandé à certains, dont je savais