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Écrire, dit Marguerite Duras1, est un exercice solitaire. Ne pas en parler, surtout, ni à l'éditeur, ni aux amis, ni aux amants. « C'est la solitude de l'auteur, de l'écrit ». Lorsque l'analyste se met à écrire, en effet, il est seul, les patients partis, les collègues pas encore là, face à sa feuille blanche ou son écran d'ordinateur, reprenant les séances de la journée, élaborant un article ou une conférence, donnant une forme rédigée à… À quoi, en effet ? À ses cas cliniques, à son activité psychique pendant les séances, à des élaborations symbolisantes de ce qui s'est passé pendant la journée, à des associations en forme de rêverie, où se mêlent les mots, les images, les rêves, les sensations. Figurations plus ou moins formelles, en quête de mots.
Ce numéro de la revue invite à écrire sur l'acte d'écrire. Écriture sur l'écriture, comme le tableau dans le tableau ou le théâtre dans le théâtre. De cet acte d'écriture chez l'analyste, toute l'œuvre de Bion est un extraordinaire exemple et c'est en sa compagnie, en étudiant son style, ses modalités d'écriture et de transmission que je me propose d'explorer dans ce texte la question de l'écriture de la psychanalyse.
La première question qui se pose est de savoir où est la priorité. S'agit-il plutôt d'un psychanalyste qui écrit ou d'un écrivain qui psychanalyse ? Psychanalyste-écrivain ou écrivain-psychanalyste ? Ce qui est soulevé ici, c'est la question de savoir si l'écriture de la psychanalyse est engagée plutôt du côté des sciences ou des arts, plutôt du côté de la psychanalyse ou de la littérature.
Pour l'écrivain-psychanalyste, cas de figure assez rare, c'est l'écrivain qui domine. Il s'agit avant tout d'un artiste, or, tous les artistes le disent, la