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« L'écriture est à l'origine la langue de l'absent. »
Catherine rentre, s'installe dans le fauteuil d'en face et commence à pleurer. Cinq minutes précèdent les premiers mots de la séance qu'elle balbutie en continuant à pleurer : « Il y a deux jours, j'ai acheté un tableau et depuis, j'en fait des cauchemars… » Après quelques minutes de pleurs, elle reprend : « C'est un crucifix… je pensais l'acheter depuis que je l'ai vu dans cette galerie d'art il y a un an; j'ai vu beaucoup de tendresse dans ce tableau et j'ai beaucoup aimé les couleurs… maintenant, il m'angoisse, il hante mes nuits, je vois le Christ coupé en deux, avec quatre bras à la place de deux, il est difforme, avec du sang partout et on dirait qu'il tombe, il n'est pas accroché par ses mains… je l'ai mis dans mon bureau et n'ose plus y rentrer… je pense même le rendre. »
Le désir d'écrire vient à l'analyste, toujours, quand le pulsionnel s'y mêle; que ce pulsionnel appartienne au patient ou qu'il lui appartienne dans des situations contre-transférentielles diverses ou en amont, quand ce pulsionnel relève d'un désir inaugural d'analyser, d'élaborer, de conceptualiser, à l'image de celui de Freud pour l'hystérie, pour ses propres rêves et symptômes, désir emblématique qui signe la naissance de la psychanalyse.
Le désir d'écrire en psychanalyse est très souvent proportionnel à une accumulation de découvertes au terme d'un long cheminement analytique, découvertes qui demandent elles-mêmes à « s'écrire », sous l'effet d'un élan libidinal de partage. Ce désir vient aussi par l'expérience d'une séance où l'affect se moule au mot, fait intervenir une représentation soudaine et fortement investie,