You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
Tout en affirmant que la théorie des pulsions était notre mythologie, Freud, à quelques reprises, a mis en garde ses élèves et collègues contre une conception trop anthropomorphique des descriptions métapsychologiques des instances. C'est donc qu'elles s'y prêtent. D'ailleurs, dans l'usage si souvent animiste que j'ai implicitement de la métapsychologie, surtout de la seconde topique (et cet usage me paraît assez répandu), le Surmoi occupe une place de choix. Sa lignée remonte à l'origine de l'humanité, et la place en majesté qu'il occupe si aisément est à la mesure de l'autorité transmise depuis le chef de la horde. L'aura narcissique dont il s'entoure et dont émane cette autorité, son « mana » en quelque sorte, rend compte de la quasi-indifférence avec laquelle Freud passe du terme Surmoi à celui d'Idéal du Moi. Ce dernier n'est alors que son attribut, l'emblème par lequel l'autorité du Surmoi s'imposerait, à la limite, une sorte de « signifiant pour un autre signifiant ». Cette personnalisation est si massive dans sa constitution même (par les identifications) qu'on peut percevoir comme contrainte quasi théorique (un impératif ?), la destination vers le but de l'impersonnalisation, la « disparition, la destruction » du complexe d'Œdipe. On retrouve, à un niveau supérieur de la spirale processuelle, l'indétermination de son origine - le chef de la horde n'a pas de nom, à moins que ce ne soit Dieu lui-même, dont le nom est d'ailleurs imprononçable. Seul le totem en porte un, mais qui lui est donné par le clan des fils, parricides, repentis et prudents, pour mieux, bien sûr, délimiter les tabous. L'impersonnalisation serait-elle alors une voie d'atténuation et même de disparition de cet animisme, sa phase « scientifique », celle qui permettrait au Surmoi de résister à l'hypnotiseur. L'origine du Surmoi se fonde peut-être sur le père, mais la paternité elle se fonderait, selon W. Granoff commentant « Moïse et le monothéisme »,