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L'introduction de la notion de pulsion de mort par Freud se fait sur un mode soudain, même si certains de ses travaux antérieurs pouvaient indiquer l'imminence d'un bouleversement. La réaction de la communauté des analystes a été en rapport avec l'importance et la soudaineté du changement. Certains l'ont rejeté, d'autres s'en sont enthousiasmés, d'autres encore s'y réfèrent tout en en réduisant le tranchant. Aujourd'hui encore, ce concept fait l'objet de positions souvent passionnelles, parfois exclusives.
De nombreux auteurs ont pensé voir dans ce changement un effet des expériences personnelles de Freud, de la rencontre avec à la fois la mort de ses proches, la destructivité massive de la guerre et les signaux de son propre vieillissement. S'il est utilement pensable que ces éléments ont eu un effet sur le besoin de théorisation de la pulsion de mort, cela ne clôt en rien le débat au plan de l'évolution des idées et des effets sur la doctrine en place. Lui-même réfutait en partie ce rapport simpliste. De même, l'idée que l'hypothèse de la pulsion de mort soit chez Freud une forme de réponse aux échecs thérapeutiques et aux déceptions qui en ont découlé (Jean Guillaumin, Entre blessure et cicatrice), toute intéressante et pertinente soit-elle, n'épuise pas la question. Pour d'autres auteurs, elle occupe la place de ce qui, ayant échappé à toute intégration harmonieuse à la processualité psychique de vie, se retourne contre elle. L'intérêt de cette voie est connu et évident, mais il s'agit de destructivité secondaire. Nous reconnaissons là les lignées engagées par Bion et Winnicott qui trouvent grâce à ce retournement/renversement le moyen de survivre et d'échapper au chaudron de Mme Klein qui utilise la destructivité comme une donnée constante associée à la frustration des besoins primaires.