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Pour bien comprendre la visée de Claude Smadja dans ce livre - celle d'une réflexion épistémologique sur le penser en psychosomatique -, il faut avoir présent à l'esprit un principe fondamental de la recherche scientifique qu'il avait rappelé dans son précédent livre : « Dans l'histoire de la recherche scientifique, le dialogue entre les faits et la théorie est une donnée constante, et la psychanalyse n'échappe pas à cette donnée. Or, il apparaît que dans ce dialogue, c'est toujours la théorie, c'est-à-dire la pensée qui a le dernier mot. C'est elle qui accueille les faits, et non l'inverse. C'est elle qui constitue le cadre à l'intérieur duquel peut émerger un fait nouveau. La découverte de faits nouveaux ne réside pas, en général, dans une exploration brute de la réalité, mais dans une nouvelle manière de concevoir, de penser la réalité. En somme, c'est la nouveauté du questionnement qui fait surgir le fait nouveau, et non l'observation brute de la réalité. »2 On comprend pourquoi l'une des préoccupations de l'auteur dans son nouveau livre consacré à l'analyse critique des modèles psychanalytiques de la psychosomatique sera d'identifier les notions référentielles de base qui, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui, ont servi d'encadrement conceptuel à la naissance et au développement des modèles philosophiques, médicaux et psychanalytiques qui ont tenté de penser les rapports entre l'esprit et le corps. Et pourquoi C. Smadja centre son propos sur l'analyse de ces concepts organisateurs spécifiques pour chacun des modèles, concepts qu'il appelle des « opérateurs de la pensée », pour en identifier la fonction dans l'élaboration du corpus théorique qui en émerge. Des modèles dont