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« On déclame sans fin contre les passions ; on leur impute toutes les peines de l'homme, et l'on oublie qu'elles sont aussi la source de tous ses plaisirs. […] Ce qui me donne de l'humeur c'est qu'on ne les regarde jamais que du mauvais côté. […] Il n'y a que les grandes passions qui puissent élever l'âme aux grandes choses […]. C'est le comble de la folie que de se proposer la ruine des passions. »
La passion sous sa forme amoureuse continue d'occuper un statut incertain dans notre culture du soin psychique. En grande partie ignorée par le monde médical et pharmacologique, elle est plus souvent perçue sous l'angle du désordre pulsionnel par les psychanalystes qui, depuis Freud, s'en défient peu ou prou.
Qu'elle constitue le motif d'une demande d'analyse ou qu'elle vienne à émerger sous la forme d'un transfert passionnel lors d'un travail psychanalytique, elle apparaît plus souvent comme un modèle d'aliénation subjective que comme une création psychique.
Les pratiques médicales ramènent cet état affectif à l'aune de la dépression ou de l'angoisse, seuls paradigmes de la souffrance psychique qu'ils sachent traiter, tandis que de notre côté, nous aurions tendance à faire de la passion, hors ou sous transfert, un affect gênant que nous tenterions de cerner, de réduire même, en nous centrant sur les représentations de l'objet-autre en jeu. Selon R. Roussillon, par ce moyen, la psychanalyse tend à « tenir éloignés et sous contrôle à la fois l'affect actualisé et sa dimension passionnelle »1.