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Ce que D. venait chercher dans l'analyse qu'elle me demandait, c'était laisser couler. Toute sa vie, elle s'était sentie gonflée, ballonnée comme toutes les femmes, prête à exploser. Les fécalomes qui la bouchaient, elle allait les chercher elle-même, avec les doigts. Gonflée dans les deux sens : elle avait foncé, elle avait osé, ça avait presque toujours marché, de la réussite elle avait tous les signes extérieurs : un couple, des enfants, un métier, une œuvre qui démarrait fort, un nom déjà dans son domaine… Pourtant, gonflée à bloc, il n'y avait pas eu de place pour ce qu'elle appelait sa féminité : pas de place pour ça, elle n'avait jamais pu se sentir une femme, m'avait-elle dit très vite. C'était maintenant ou jamais, une question de vie ou de mort : l'âge n'aidant pas, maintenant qu'elle n'allait bientôt plus pouvoir être une femme, il était urgent, et vital, de le devenir enfin, de laisser couler. Pour ne pas se laisser couler, pour ne pas crever comme ça, une bombe prête à exploser.
Dès le début de cette analyse, qui allait durer presque quatre ans, quatre fois par semaine, ça a coulé - le flot de paroles, les larmes, les humeurs, la bile noire, des lames de fond entre les bouchons de rage et les blocs de désespoir ravageur. Assez vite, un fantasme sacrificiel a pris corps, a donné forme un bon moment à ce qui coulait - « j'ai été donnée en offrande par ma mère à ma grand-mère ». Venue au monde quelques années après la mort de la sœur cadette de sa mère, la fille préférée de la grand-mère, D. est née, dit-elle, à cause de la morte, pour que les grands-parents, surtout la grand-mère, ne s'effondrent pas : « Ma mère a donné ça à ses parents ». Ça, c'est elle, D. De sa mère, D. dit qu'elle est « une femme scellée », anorexique depuis la mort de sa sœur. D., tantôt envieuse de la minceur tantôt horrifiée de la maigreur de sa mère, se dit, elle, « taillée pour la vie, née pour la vie », avec un f