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Si le risque constitue bien ce danger plus ou moins prévisible menaçant de couper le fil de la vie, il incarne indubitablement cet enfant d'Atropos dont ce numéro de Topique décline les différentes figures sous les traits du risque toxique, du risque virtuel, du risque de l'autre ou encore du risque international - quatre dimensions explorées ici et marquées du sceau de l'addiction, regroupant chacune diverses contributions issues de champs épistémologiques distincts ou d'horizons théorico-cliniques proches.
À commencer par le risque toxique, à propos duquel l'un de ses explorateurs familiers, Marc Valleur, reprend la féconde notion d'ordalie qu'il avait exhumée voilà quelques décennies avec A. Charles-Nicolas et d'autres1, étudiant alors « le rapport au risque comme relation d'objet », évoquant, au « risque » de heurter les consciences, l'idée d'une valeur subjectivement positive de cette relation au risque, et regroupant ainsi sous le terme de conduites ordaliques « certaines toxicomanies, certaines tentatives de suicide et certaines passions du jeu ». Mais de quoi s'agit-il précisément ?
L'ordalie, encore appelée « jugement de Dieu », désigne originellement une épreuve judiciaire à laquelle il était particulièrement fait recours au Moyen Âge pour établir l'innocence ou la culpabilité de l'accusé, impossibles à démontrer autrement qu'en mettant son intégrité physique en jeu, si ce n'est sa vie. Un exemple littéraire classique, qu'évoque d'ailleurs l'auteur, est constitué par la célèbre ordalie d'Yseult, prête à mettre sa main au feu - et l'y mettant d'ailleurs - afin de faire la preuve de la légitimité de son choix amoureux