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La spécificité de l'éprouvé hypocondriaque ne relève pas du type de plainte somatique ressentie mais de la manière dont le sujet l'adresse à un système de soins. Il s'agit de la quête, souvent urgente, d'une explication causale donnée à la conviction d'être menacé par une maladie organique grave, voire mortelle. Il est exigé du médecin qu'il partage cette conviction pour la soumettre à un savoir reconnu. Corps et pensée s'associent pour créer, dans la réalité, les conditions d'une rencontre avec un autre sujet capable de partager « en identité de pensée » la très inquiétante étrangeté des sensations corporelles. Ce partage de la pensée semble être la seule voie possible vers la libidinalisation de la relation, c'est-à-dire, vers la création de ce qu'il est convenu d'appeler un « partage d'affect ». La pensée précède l'affect. Dans ces conditions, la plainte somatique devient le signal d'un affect inconscient qui n'aurait pas d'autre lieu pour se composer que l'actualisation de cette mise en scène intersubjective. Ce processus est bien décrit par Winnicott1, dans l'article intitulé : « L'esprit et ses relations avec le psyché-soma » : « Je voudrais que le lecteur saisisse bien le concept qui introduit la formation pathologique de l'intellect dissocié. » Il me semble que Freud2 formule la même idée que Winnicott pour en souligner le rôle délétère dans la cure analytique : « L'inconscient, c'est-à-dire le refoulé, n'offre aucune résistance aux efforts de la cure […], les résistances proviennent des mêmes strates et systèmes supérieurs de la vie d'âme qui ont jadis effectué le refoulement. » La fonction intellectuelle du sujet prend donc le relais de la fonction d'articulation entre représentant-affect et représentant-représentation dévolue en principe et durant toute la vie, à l'objet. Chez les sujets hypocondriaques, toute perte de contact avec l'objet n'est plus signalée par un affect, mais par une sensation corporelle qui ne peut s'apaiser que par la rencontre avec